#Cyberfuté, pour naviguer en toute sécurité
Mieux former les personnes ayant une déficience intellectuelle à naviguer sur le web, c’est le défi que relève l’équipe de Nadia Abouzeid et Suzie McKinnon avec son programme #Cyberfuté. L’évaluation du programme le confirme : il facilite au quotidien leur vie virtuelle.
Les personnes ayant une déficience intellectuelle sont de plus en plus actives en ligne. Ce qu’elles préfèrent sur le web, c’est le contact avec les autres. Or, pour communiquer avec leur entourage ou se faire des amis en ligne, elles doivent apprendre à naviguer dans un environnement qui n’est pas toujours accessible ni sécuritaire. Un enjeu essentiel, quand on sait qu’elles sont plus vulnérables que la population en général, donc plus à risques d’abus, de fraudes, de piratage, de cyberharcèlement, de cyberintimidation et de cyberdépendance. Elles sont aussi plus à risque de commettre elle-même, sans le savoir, des infractions.
Ces enjeux, Nadia Abouzeid et son équipe s’en préoccupent depuis déjà quelques années. « Les chercheurs, le ministère de l’éducation, les intervenants : tous arrivent aux mêmes conclusions. Mais c’est en impliquant les personnes ayant une déficience intellectuelle et leurs proche que nous avons réussi à trancher et à identifier les thématiques à prioriser », explique la chercheuse. C’est grâce à ces thématiques que l’équipe a élaboré #Cyberfuté, un programme éducatif qui vise à ce que les personnes ayant une déficience intellectuelle puissent surfer efficacement sur Internet et en toute sécurité. Pour y arriver, l’équipe a rassemblé et analysé l’information théorique sur les thématiques à prioriser. Elle a ensuite adapté l’information pour la rendre plus accessible. Un travail colossal.
Et le résultat est à la hauteur des efforts. #Cyberfuté contient 8 fascicules sur les thèmes priorisés, comme la fraude et l’hameçonnage. Chaque fascicule comprend des quiz, des lexiques, des trucs et astuces, des exercices, des mises en situation et des ressources. L’information qui s’y trouve est simple et illustrée à l’aide d’images ou encore de captures d’écran pour guider étape par étape les personnes. Le programme peut être offert de manière individuelle ou en groupe. Quand une personne a des besoins spécifiques, par exemple si elle a été victime de fraude, l’intervenant peut utiliser uniquement le fascicule dont il a besoin. « On est fiers du résultat. C’est un programme flexible, complet et dynamique », souligne la chercheuse.
Derrière l’écran, les vrais enjeux
De l’hiver 2024 à l’été 2025, le programme a été expérimenté auprès de trois groupes de participants provenant d’un organisme communautaire en Outaouais et de deux Centres intégrés universitaires. Au total, 14 intervenantes et 28 personnes ayant une déficience intellectuelle ont participé au projet.
Parmi les facteurs qui facilitent l’animation du programme, les intervenantes ont apprécié la documentation et les outils disponibles (ex. Powerpoint). Elles ont aussi insisté sur l’importance de bien connaître les personnes qui participent et de les préparer à aborder des sujets plus sensibles pour elles. « On parle de thématiques qui ravivent des émotions, parce qu’elles ont vécu des mauvaises expériences liées à ces sujets », explique la chercheuse. Si on n’en tient pas compte, ces sujets sensibles peuvent nuire au bon déroulement du programme et à leur participation.
Du côté des participants, les images, les activités et les explications des animatrices les ont motivés à participer. Quelques obstacles ont parfois freiné leur participation : leurs capacités (ex. ne pas savoir écrire), leur crainte face à certains sujets (ex. fraude) ou encore leur difficulté à comprendre certains mots ou expressions.
Cela n’empêche pas les participantes et participants de se dire très satisfaits du programme. Un enthousiasme partagé par les intervenantes. Elles l’ont trouvé clair, utile et applicable, que ce soit dans un contexte d’intervention individuelle ou de groupe. Tout au long des rencontres, les participants se sont montrés motivés et les intervenantes se sont grandement impliquées.
Pour s’assurer que #Cyberfuté réponde aux besoins des personnes ayant une déficience intellectuelle, l’équipe a aussi documenté ses retombées. Elle a observé des progrès, tant sur le plan des comportements sécuritaires en ligne que sur le plan des connaissances. Les participantes et participants comprennent mieux les risques sur Internet. Ils adoptent aussi des comportements plus sécuritaires en ligne, que ce soit pour protéger leurs renseignements personnels ou encore pour reconnaître des situations potentiellement dangereuses. « Ils sont plus autonomes sur Internet et les réseaux sociaux. Comme on veut qu’ils soient mieux inclus dans notre société de plus en plus connectée, c’est un pas dans la bonne direction », affirme la chercheuse.
À plus long terme, l’équipe veut adapter le programme #Cyberfuté pour l’offrir à d’autres milieux, comme le milieu scolaire, et à d’autres groupes, comme les personnes autistes. Elle souhaite aussi en faire un outil de prévention, et non seulement d’intervention. Quand on lui demande s’il sera bientôt disponible, la chercheuse répond : « Oui, très bientôt. Les gens nous en parlent depuis un bon moment déjà! On sent que ça répond vraiment à un besoin ». Le programme sera publié sous la bannière de l’Institut et disponible sur notre site Internet.
Si vous aussi, vous l’attendez, surveillez nos réseaux sociaux! Le lancement des fascicules débute durant la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle.