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Bouger pour le plaisir : quand le jeu fait la différence

Bouger pour le plaisir : quand le jeu fait la différence

Pour augmenter l’activité physique chez les adultes ayant une déficience intellectuelle, l’équipe de Stéphanie Turgeon mise sur le vélo stationnaire… et le jeu. Un véritable tour de force qui a débuté grâce au Tour de France!

 

Tous les adeptes d’exercice ou de sport le savent : après une séance, on se sent bien. Ce bien-être se répercute souvent dans les autres sphères de notre vie. Et ce n’est pas juste une impression : la science est unanime quant aux bienfaits de l’activité physique sur notre santé physique et psychologique. Or, seulement 9% des personnes ayant une déficience intellectuelle atteignent les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé en matière d’activité physique. Si la sédentarité fait des ravages dans toute la population, pour elles, c’est encore pire. Au-delà des enjeux de santé, elle peut leur entraîner de lourdes conséquences, comme de devoir quitter leur milieu de vie.

Passionnée d’exercice et de sport, Stéphanie Turgeon s’inquiète de l’inactivité physique de ces personnes. « Je veux qu’elles maintiennent une bonne qualité de vie, qu’elles vieillissent en santé. Mon but, c’est qu’elles restent le plus longtemps possible dans leur milieu de vie, avec leurs intervenants spécialisés, leurs amis et leurs proches », explique-t-elle. Pour atteindre ce but, elle doit surmonter plusieurs obstacles : l’accès au transport, le besoin d’accompagnement, les limitations physiques, les difficultés sociales. « Les opportunités de participer à des activités sportives sont encore très restreintes. Et plus les diagnostics sont sévères, plus elles sont limitées », souligne la chercheuse.

Parmi les plus grands défis que ces personnes rencontrent, on retrouve aussi… la motivation. En rendant le tout ludique, Stéphanie souhaite les intéresser. Cette approche, c’est ce qu’on appelle la gamification, en gros transformer une tâche en jeu. Une avenue prometteuse pour susciter et maintenir l’intérêt des personnes ayant une déficience intellectuelle. « Non seulement, c’est plus amusant, mais elles relèvent un défi et ont un objectif à atteindre », précise-t-elle.

C’est donc cette approche qu’elle a proposé à Ma deuxième maison à moi, le milieu résidentiel qui a fait appel à elle. « Notre but commun c’était vraiment d’augmenter – pour vrai! – la pratique d’une activité physique. On s’est donc demandé : est-ce qu’on veut un projet hautement rigoureux ou une approche facile à appliquer et qui se maintient dans le temps? », mentionne-t-elle. Ils ont choisi une approche facile à implanter, à des coûts raisonnables et qui prend en considération les défis, comme le transport. « Le milieu résidentiel possédait déjà une salle avec des vélos stationnaires, mais ils étaient peu utilisés. Avant d’implanter cette approche, la direction a réalisé une demande de subvention pour acheter d’autres vélos. L’idée, c’était que plusieurs résidents puissent rouler ensemble. On a donc misé sur l’équipement déjà en place. On a ajouté des vélos adaptés et un peu de technologie pour faciliter notre démarche », souligne la chercheuse. L’équipe a aussi installé un écran affichant des cyclistes et des paysages, donnant l’impression aux personnes qu’elles roulent en groupe. Pour ajouter un peu de défi, l’une des participantes a proposé qu’ils réalisent le tour de France à vélo. Répartis en équipe de 4 ou 5, les participants devaient cumuler des kilomètres pour parcourir la France en 8 semaines. Les participants indiquaient leur position sur une carte, ce qui permettait à tous de voir les progrès de leur équipe. Chaque kilomètre équivalait à 10 sur la carte.

Les 18 participants au projet avaient tous une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme avec déficience intellectuelle, mais leurs profils étaient variés. Ils étaient âgés de 24 à 71 ans. Certains avaient d’autres conditions (ex. TDAH) ou des problèmes de santé (ex. épilepsie). Près de la moitié n’avait jamais utilisé les vélos stationnaires. « Le jeu était offert à tous. On ajoutait une séance de jeu à leur horaire s’ils souhaitaient participer. Personne n’était obligé de faire la séance. Chaque participant décidait du temps qu’il y mettait, de la fréquence et de l’intensité. C’était vraiment leur choix », explique Stéphanie. Un critère essentiel, selon elle, quand on veut que les personnes restent motivées.

 

Un succès difficile à quantifier

Dès que les séances de jeux – et le Tour de France! – ont été intégrées aux activités du milieu, la plupart des personnes se sont mis à faire du vélo chaque jour. « Le simple fait de structurer l’activité et de l’inscrire à l’horaire des gens, ça change la pratique », souligne Stéphanie. On s’en doute, l’activité a suscité beaucoup d’enthousiasme, tant chez les participants que les intervenants. Les intervenants l’ont trouvé facile à implanter. Le défi en équipe a aussi renforcé la cohésion de groupe, non seulement entre les participants, mais aussi entre les intervenants et les participants. À l’heure actuelle, l’activité est toujours en cours dans le milieu. « Maintenant, ils font le tour d’autres endroits, comme la Gaspésie! », s’exclame la chercheuse.

Dans le cadre de ce projet, l’équipe voulait aussi savoir si la pratique de cette activité avait des effets positifs sur le plan de la santé physique, du sentiment de bien-être et des comportements. C’est ici que les résultats sont plus mitigés. L’équipe a constaté une légère augmentation de l’activité physique chez les participants, soit près de 5 minutes de plus par jour en moyenne. Elle a aussi vu une amélioration de 2,5 km parcourus, en moyenne, chaque jour. Les intervenants ont aussi rapporté une diminution des comportements stéréotypés chez certaines personnes, à la fois en intensité et en sévérité. En revanche, aucune amélioration notable n’a été remarquée en ce qui concerne les comportements problématiques. En ce qui concerne le sentiment de bien-être, les participants étaient déjà très heureux avant de débuter, de leur point de vue, donc l’équipe n’a constaté aucun changement.

Si les résultats ne sont pas aussi percutants que l’équipe l’aurait souhaité, le succès du projet, lui, est bien palpable. « Ce n’est pas la meilleure étude sur le plan méthodologique, mais c’est définitivement celle qui a été la plus gratifiante pour moi et qui a eu le plus d’impact sur le terrain », affirme la chercheuse. Depuis la mise en place de cette activité, d’autres milieux ont sollicité Stéphanie pour obtenir de l’information sur le projet et l’implanter. Prochaine étape? « On veut comparer les différentes interventions et les types de jeux pour identifier les composantes les plus efficaces : celles qui permettent d’augmenter réellement l’activité physique chez les adultes ayant une déficience intellectuelle », mentionne-t-elle. Dans le lot des projets à venir, elle souhaite aussi développer des outils pour augmenter la littératie physique des intervenants, les sensibiliser aux bienfaits de l’activité physique et leur donner des pistes d’intervention. « Dans le cadre d’une autre étude avec Marie-Michèle Dufour, on a constaté que 95,5% des psychoéducateurs et des psychologues n’ont jamais entendu parler d’activité physique, d’exercice ni de sport dans leurs cours universitaires. On doit les aider à se sentir plus compétents pour faire bouger les personnes au quotidien! », explique-t-elle. Ces outils seront réalisés en collaboration avec l’Institut. Une belle occasion de remplir notre mission : donner un coup de pouce aux intervenants.

Pour consulter l’article sur les résultats du projet : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38404069/

 

Article
Article | 28/11/2025

Titre du projet

À vélo pour un meilleur soi

Équipe

  • Stéphanie Turgeon
  • Charles Sebiyo Batcho
  • Alexandra McKenzie, Ma deuxième maison à moi
  • Jason D’Amours, Ma deuxième maison à moi

Financement

Mitacs

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