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Changer l'école, pas les élèves

Changer l'école, pas les élèves

Des écoles primaires adaptent leurs activités et leurs environnements pour que tous les élèves aient une chance de réussir et de s’y sentir bien. Une lueur d’espoir que nous propose l’équipe de Marie Grandisson.

 

Pour que tous les élèves au primaire se sentent inclus et soutenus, il faut répondre à leurs besoins. Le moyen le plus efficace d’y arriver, selon Marie Grandisson, c’est de créer des environnements répondant aux besoins d’une plus grande diversité d’élèves. « Si on veut créer des environnements inclusifs, il faut se concentrer non pas sur l’élève, mais sur les activités et l’environnement pour faire la différence auprès d’un maximum d’élèves », mentionne la chercheuse. Le principe est simple : on mise d’abord sur des actions universelles, pour aider tous les élèves, puis on mise sur des actions ciblées ou individuelles pour répondre aux besoins qui subsistent.

En s’appuyant sur ce principe, son équipe a développé Pour des écoles neuroinclusives. Elle propose cette approche aux ergothérapeutes et aux professionnels qui soutiennent les équipes-écoles accueillant des élèves neurodivergents. « Ce qu’on veut, c’est réduire les embûches qu’ils rencontrent et, du même coup, prévenir leur exclusion et l’épuisement du personnel », précise-t-elle.

Dans le cadre d’un projet de recherche, cinq écoles primaires ont expérimenté Pour des écoles neuroinclusives pendant toute une année scolaire. Trois écoles accueillaient des élèves en classes régulières et deux, en classes régulières et spécialisées. « Elles avaient toutes en commun d’accueillir plusieurs élèves neurodivergents et d’avoir une direction motivée à s’impliquer dans un projet structurant pour rendre son école neuroinclusive », souligne la chercheuse. Au total, 6 ergothérapeutes, 52 membres du personnel scolaire, 16 enfants et 6 professionnels du réseau de la santé ont pris part au projet.

En quelques mois, les écoles ont réalisé de nombreux changements. Elles ont, par exemple, réaménagé leurs espaces (ex. ajouter des coins calmes, délimiter les zones de la cour). Elles ont aussi adapté leurs activités pour les rendre plus prévisibles et pour clarifier les attentes auprès des élèves (ex. ajouter des soutiens visuels). Les écoles ont aussi réalisé des activités pour célébrer la neurodiversité et créer des occasions de rencontres entre les élèves. Au final, près de 9 changements sur 10 correspondent à des actions universelles qui profitent à tous les élèves. Les autres changements répondent à des besoins plus précis et prennent la forme d’interventions ciblées ou individualisées.

 

Quand l’inclusion profite à tous

 

Pour documenter la mise en place et les retombées de l’approche, l’équipe a utilisé plusieurs moyens : questionnaires, rencontres de soutien, journaux de bord, photovoix, forums, entretiens individuels et groupes de discussion. Les résultats montrent que les changements apportés sont bénéfiques à tous les élèves, et pas seulement aux élèves neurodivergents.

Autres constats : les changements apportés aident les élèves à être plus autonomes dans leurs activités et leurs routines, à se sentir mieux et à adopter des attitudes plus positives. De son côté, le personnel scolaire se sent plus en confiance, moins seul et mieux soutenu.

Dans le cadre du projet, chaque école était accompagnée d’une ergothérapeute. Formée et soutenue par l’équipe de recherche, elle aidait l’école à cibler ses priorités, à adapter ses activités et à aménager ses espaces. Pourquoi les ergothérapeutes? « Leur rôle convient parfaitement : elles optimisent l’adéquation entre l’environnement, dans ce cas-ci l’école, les activités et les forces des enfants », explique Marie Grandisson.

La chercheuse reconnaît que la disponibilité des ergothérapeutes demeure un défi. Mais, pour elle, le projet montre clairement que leur rôle est pertinent. Le projet de recherche a par ailleurs fait ressortir l’intérêt de voir d’autres professions s’impliquer dans la mise en place de Pour des écoles neuroinclusives. « L’idée, c’est de coconstruire, ensemble, une équipe davantage neuroinclusive. Chaque profession peut y apporter sa couleur, son angle d’approche, vers un but commun », précise-t-elle.

L’équipe rappelle aussi le rôle essentiel des directions d’école dans cette approche. « Changer un système ne peut pas reposer sur les épaules des enseignants. C’est une responsabilité collective », rappelle la chercheuse.

Quand on lui demande comment elle entrevoit la suite de ce projet, la chercheuse souligne qu’elle aimerait accorder une plus grande place au point de vue des élèves et identifier les changements qui ont le plus d’importance à leurs yeux. À plus long terme, elle aimerait que le projet soit mis en place dans davantage d’écoles primaires. Elle aimerait aussi adapter l’approche à d’autres milieux, comme les services de garde éducatifs à l’enfance, les écoles secondaires et les universités.

Alors que près d’un élève sur quatre au Québec a des besoins particuliers, pour Marie Grandisson et son équipe, le statu quo n’est pas une option. « Ce qu’on veut démontrer avec notre approche, c’est qu’il faut mettre l’accent sur les actions universelles. On veut encourager les décideurs à rendre nos écoles plus ouvertes à la belle neurodiversité d’élèves qui les fréquentent », conclut-elle.

Pour consulter le rapport sur le site du Gouvernement du Québec, cliquez ici.

Article
Article | 30/10/2026

Titre du projet

Expérimentation de Pour des écoles neuroinclusives : réduire les obstacles à la participation et au bien-être à l’école

Collaborateurs et collaboratrices

  • Centre de services scolaire des Découvreurs
  • Centre de services scolaire de la région de Sherbrooke
  • Ministère de l’Éducation
  • Étudiants, étudiantes et stagiaire postdoctorale impliquées : Mathilde Chagnon, Gabrielle Pratte, Nina Thomas, Sophie Levac, Megan Borelli, Teresa Payep Tchoumga
  • Ergothérapeutes impliquées : Émilie Rajotte, Claire Piquemal, Kelly Poulin, Cindy Poliquin, Kim Sirois, Annie Garon, Catherine Simard

Financement

Office des personnes handicapées du Québec

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