Prendre soin du personnel en ressources intermédiaires, une affaire de collaboration
Une étude menée par Valérie Martin met en lumière les risques auxquels le personnel des ressources intermédiaires est confronté. Les résultats pointent vers un besoin accru de formation, de reconnaissance et de collaboration avec le réseau.
Pour les personnes autistes ou ayant une déficience intellectuelle, le passage à l’âge adulte ne rime pas toujours avec pleine autonomie. Plusieurs ont besoin de soutien au quotidien. C’est ici qu’interviennent les ressources intermédiaires, des milieux d’hébergement adaptés qui offrent des services d’assistance. Le hic : la demande augmente, mais l’offre diminue. Les ressources intermédiaires peinent à répondre à la demande.
Plusieurs facteurs expliquent l’écart qui se creuse, dont le manque de financement. De son côté, Valérie Martin s’est penchée sur un aspect peu documenté : la santé et la sécurité du personnel. « Il y a peu d’études sur les ressources intermédiaires. On parle ici de petites organisations qui accueillent des personnes vulnérables. Des personnes qui ont besoin de soutien en continu. Et on ne connaît pas les conséquences de ce travail sur la santé de leur personnel », explique la chercheuse.
Au cours des derniers mois, son équipe a interrogé 41 personnes dans 12 ressources intermédiaires du Québec pour documenter les risques auxquels elles sont exposées. Ces responsables, employés de ressources et professionnels du réseau ont aussi dévoilé les moyens qu’ils mettent en place pour les prévenir.
Le principal risque qui ressort de cette démarche? Les agressions. Presque tous les participants en parlent. « La fréquence et la gravité varient d’une ressource à l’autre, mais tous les nomment d’emblée », précise la chercheuse. À cela, s’ajoutent des niveaux élevés de stress et de fatigue, liés à la vigilance constante, au bruit, à la charge et aux exigences du travail. Un terreau fertile pour l’épuisement professionnel, la détresse psychologique et les conflits interpersonnels. Les blessures et les séquelles physiques découlent de ces risques, allant des maux de dos aux commotions cérébrales.
Pour les prévenir, le personnel aménage les lieux, s’équipe d’outils de protection, administre des médicaments, déploie des procédures d’urgence, demande un soutien du réseau.
Soutien, formation et reconnaissance
Derrière ces risques, un facteur clé : le comportement des résidents. Agression, destruction des biens, crises, fugues, automutilation. Des gestes qui traduisent souvent une détresse ou des besoins non comblés. En adoptant les bonnes stratégies, en réagissant de la bonne manière, le personnel peut réduire ces comportements. Mieux intervenir auprès des résidents, c’est donc à la fois bénéfique pour eux et pour le personnel.
Or, le ministère n’exige aucune qualification pour travailler en ressources intermédiaires. Les employés sont donc souvent formés dans leur milieu de travail. Trop souvent, ils peinent à interpréter les comportements des résidents et n’interviennent pas de la bonne manière. Résultat : les problèmes perdurent et la situation s’envenime avec le temps.
Tous les participants sont d’avis qu’ils doivent être mieux formés pour assurer un travail de qualité. « C’est un travail qu’on associe encore trop au rôle parental. Comme s’il s’agissait simplement d’établir une relation avec une personne et que le reste allait de soi… », commente la chercheuse. Une vision qui masque la complexité de la tâche. « Le système d’hébergement freine le développement d’un réel métier, avec ses exigences, ses codes, ses pratiques et ses savoirs. Pour entrer en poste, ils ont peu d’exigences. Une fois en poste, ils n’ont pas de perspective d’évolution », explique-t-elle.
« Ce qu’on constate, c’est que le bien-être du personnel n’est pas un enjeu secondaire. C’est une condition essentielle pour offrir et maintenir des services de qualité. »
– Valérie Martin.
En plus de la formation, les ressources manquent de moyens. Comme entreprises, elles doivent aussi répondre à des nombreuses obligations légales. « Les responsables ont l’impression d’avoir beaucoup d’obligations, mais peu de ressources pour y arriver », mentionne la chercheuse.
Une collaboration nécessaire
L’équipe rappelle que la prévention des risques ne peut pas reposer uniquement sur les ressources intermédiaires. Elle prône une meilleure collaboration avec les établissements du réseau. Mais le double rôle de ces établissements alimente la méfiance et les tensions. « Ces établissements qui les forment, sont aussi ceux qui les évaluent. Même si les évaluations sont faites à partir d’un outil standardisé, c’est une démarche qui n’est pas totalement neutre », précise Valérie Martin.
Une meilleure collaboration implique aussi les instances décisionnelles. C’est que leurs politiques influencent directement les conditions de travail du personnel. « Par exemple, le Cadre de référence du ministère qualifie le travail comme étant un travail de soutien et d’assistance. Les participants, eux, considèrent qu’il n’est pas si facile de distinguer ce qui relève de l’intervention professionnelle de ce qui relève du soutien auprès des personnes hébergées », ajoute la chercheuse. Ces politiques doivent mieux refléter la réalité du travail sur le terrain. « À défaut de quoi, les risques documentés dans cette étude sont appelés à se maintenir, voire à s’aggraver », conclut-elle.
L’équipe réalise actuellement un projet sur le bien-être du personnel dans tous les types de ressources destinées à accueillir des personnes autistes ou ayant une déficience intellectuelle. On parle ici des ressources intermédiaires, des ressources de type familiale et des résidences à assistance continue. Elle souhaite mieux comprendre les facteurs de risques et de protection présents dans ces milieux. Elle cherche aussi à cerner les mesures efficaces pour améliorer la santé et la sécurité au travail du personnel et proposer une manière optimale de les implanter. Une démarche cruciale pour préserver ces ressources essentielles.
Pour consulter le rapport du projet, contacter Valérie Martin : martin.valerie.3@uqam.ca